GUY ONE & POLYVERSALS SOULS

Donner naissance à un album est un moment très spécial pour un artiste. Quand cet artiste est né aux confins du Ghana, tout au Nord, sans école alentours que celle de la vie, celle de l’élevage de vaches et de chèvres, une vie qui amène à fabriquer soi-même ses propres instruments et à imaginer sa […]

Biographie

GUY ONE & POLYVERSALS SOULS

Jazz/Groove/Musiques du Monde

Donner naissance à un album est un moment très spécial pour un artiste. Quand cet artiste est né aux confins du Ghana, tout au Nord, sans école alentours que celle de la vie, celle de l’élevage de vaches et de chèvres, une vie qui amène à fabriquer soi-même ses propres instruments et à imaginer sa propre façon d’appréhender le chant, alors la publication d’un disque prend un sens particulier qui mérite de toucher l’audience qui convient à cette musique.

Guy One est un artiste unique en cela qu’il écrit et joue de la musique Frafra, un style qui trouve ses origines dans une petite région septentrionale, à la frontière avec le Burkina Faso, et dont une approche plus urbaine peut s’entendre dans ce que produit King Ayisoba.

Il s’est construit une solide base de fidèles dans les villages alentours où aucune fête de mariage ou d’enterrement n’a lieu sans que ne résonne sa voix enlevée et ses rythmiques élancées, une notoriété récompensée par le prix de l’Artiste traditionnel de l’année décerné par la télévision ghanéenne et une marque d’opérateur télécom. Face à l’enthousiasme et la ferveur locale pour sa musique, la signature avec le label Philophon de Max Weissenfeldt (Jimi Tenor, Hailu Mergia, Alemayehu Eshete) est propice à faire entendre sa musique bien au-delà des frontières du pays avec cet album qui dresse un pont entre Berlin et Bolgatanga, capitale du district du même nom.

Aux commandes de son label spécialisé dans les musiques “locales”, Max Weissenfeldt s’est rendu régulièrement au Ghana depuis 2010. C’est lors de l’un de ces voyages qu’il entre en possession d’un CD de Guy One et découvre son oeuvre. Séduit par son travail, il se met en tête de le rencontrer lors de son voyage suivant. À peine descendu de l’autocar qui vient de le déposer à Bolgatanga, il commence à demander à la ronde où il pourrait trouver le fameux Guy One. L’histoire est à la fois emblématique de la taille de la communauté dont vient l’artiste et de la notoriété dont il jouit localement. Dix minutes plus tard, première poignée de main avec l’homme en question. Quelques heures plus tard, les deux hommes sont en route pour des funérailles. L’air est encore chaud,. Les ombres épaisses des baobabs tapissent les étendues poussiéreuses baignées par la lumière de la Lune. Les membres du village sont rassemblés entre les huttes de terre sèche. Guy One s’empare tranquillement de son kologo, une forme de banjo à deux cordes, instrument fondamental de la musique Frafra. Il entame son éloge funèbre, la voix grave, les villageois formant un grand cercle autour de lui. Après avoir été témoin de l’intensité et de la force de la communion de la musique avec l’assemblée, de ce trait d’union entre la vie et la mort, Max Weissenfeldt savait qu’il fallait qu’il emmène Guy One à Berlin pour enregistrer en studio.

En 2013, Guy One quitte donc le Ghana pour la première fois de sa vie. Une modification de plan de vol le fait atterrir à Francfort, quelques mots d’anglais gribouillés sur un bout de papier comme seules bases de la langue anglaise. Malgré ce petit contre-temps, il finit par arriver à Berlin et entre presque immédiatement en studio. Sans communication verbale, du fait de la barrière de la langue, les musiciens jouent, tout simplement. Le groove et la mélopée dictent le rythme des sessions.

Un disque est né de cette intense intuition musicale, quelque part au-delà des mots, quelque chose d’indescriptible.

S’en suivirent des allers-retours entre le Ghana et Berlin, Max Weissenfeldt emmenant régulièrement avec lui une variété de musiciens, sillonnant le pays, Guy One maîtrisant de plus en plus l’anglais à mesure que des liens se tissent et que prend forme et grandit un véritable groupe autour nourri par l’émulation de ce nouvel entourage. En 2015, le groupe se retrouve à jouer devant plusieurs milliers de personnes au festival Roskilde, au Danemark, un moment charnière, tandis que Guy One pouvait mesurer la distance parcourue depuis les jours où il se fabriquait un kologo avec un manche à balai et une boîte de conserve, jouant pour quelques vaches et moutons.

Retour à Berlin pour mettre la touche finale à l’enregistrement de l’album #1.

Bien que le cliché puisse sembler un peu éculé de nos jours, le résultat est à proprement parler l’album d’un voyage, personnel, géographique, physique et intérieur. #1 est la bande son du parcours d’un homme, d’une culture, d’une communauté et de l’influence mutuelle croissante de chacune de ces composantes entre elles pendant des décennies.

La musique et les sonorités qui s’en échappent transpirent la vie et témoignent d’une ardeur rarement ressentie à l’écoute d’un disque. L’album s’ouvre avec le murmure de Bolgatanga en toile de fond. On peut même percevoir la voix de la mère de Guy One encourageant son fils tandis que résonne son kologo, accompagné d’une flûte planante et de percussions sautillantes. À partir de ce moment-là, le disque s’anime et s’épanouit, tandis que s’ouvrent les portes d’un univers musical jusqu’ici inconnu.

#1 est un album profondément ancré dans la tradition et pourtant foncièrement contemporain, ancré dans son époque. De la musique Frafra faite en Allemagne, telle que le résume Weissenfeldt quand on lui demande de décrire le disque. Mais étant donné que la source et la force de la tradition de cette musique elle-même reste énigmatique, le résultat qui en découle en est d’autant plus puissant et enivrant. Chorales, trompette, orgues, basse, batterie, synthétiseurs, vibraphone, saxophone et piano… l’album éblouit par ses instrumentations, et la richesse des idées qui en jaillissent brillent par une production on ne peut plus actuelle. Le disque trouve une place idéale entre l’ancien et le moderne, abat quelques frontières musicales et dépoussière certains à priori et définitions musicales, donnant un sens nouveau à ce que la musique devrait être.

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